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moins persuadé qu’il Fétait réellement. Il n’y avait pas eu pour lui un seul des honneurs et des sacerdoces qui décoraient les membres à peine adolescents de la famille impériale. On lui avait donné pour maître un palefrenier. Jamais son aieule Livie ne lui avait adressé la parole; elle s'était contentée de lui écrire des billets secs et brusques, ou remplis dadmonitions sévères. Sa mère avait coutume de dire, pour indiquer un sot : Il est bête comme mon jîls Claude. Auguste rappelait ce pauvre homme, et, plein d’affection, commeil l’était pour ses petits-fils , il écrivait: Il faut prendre un parti à son égard : s'il est sain d’esprit, le traiter en frère; s’il est imbécile, prendre garde qu’un ne fasse point de risées de lui et de nous. Il peut présider au banquet des pontifes, en ayant près de lui son cousin Silanus pour Fempéeher de dire des niaiseries. Il ne faut pas au cirque qu’il siege sur le pulvinar, ou il attirerait trop les regards. Je Fiïwiterai à dîner tous les jours; mais qu’il ne se montre pas aussi distrait; qu’il fasse cIioiJc d’un ami pour limiter dans ses manières, dans sesrétements, dans sa démarche.

Animés de sentiments moins affectueux , les autres membres de la famille s’amusaient de lui : s’il arrivait le dernier pour souper, il lui fallait courir longtemps autour du trielinium avant de trouver une place : s’il s'endormait après avoir mangé, on lui lançait des noyaux de datte et d’olive, on lui mettait ses souliers aux mains, ct l’on se divertissait à voir son air hébété et son dépit lorsqu'il se réveillait. La fortune ne le berçait pas moins dans ses bras.‘

Claude toutefois-n’était pas ignorant; il s’appliquait même à l’étude; et Auguste, en l’entendant déclamer quelque chose de sa façon, s’étonna beaucoup que, parlant si mal, il écrivit si bien. Il prononça une harangue en public; et il aurait produit de feffet si un gros homme, en sembarrassant bruyamment au milieu des sièges , n’eût excité un rire général, à mettre en défaut l'éloquence de Cicéron lui-même. Il avait commencé, par le conseil de TileLive, à écrire l’histoire des guerres civiles; mais il en fut détourné par sa mère et par son aïeul. Il aimait les classiques, et défendit Cicéron contre Asinius Gallus. Il étudia la langue grecque, et voulut introduire dans Falphabet romain trois lettres nouvelles ( l), dont

(l) Tacite, Qnintilien, s’accordent à dire que Claude ajouta à Falpliabet lalin trois lettres, dont deux sont connues, le digamma colique et l'anti

Fusage ne lui survécut pas. Versé dans la connaissance de l'histoire des anciennes populations de l’ltalie plus que Tite-Live luimême, il écrivit celle des Étrusques; et la conservation de son livre aurait épargné à nos contemporains bien des suppositions hardies ou téméraires. En somme, Claude aurait pu passer à la postérité comme un homme de bien , un érudit; mais son érudition, loin de lui attirer le respect, faisait qu’on ne laissait autour de lui que des femmes, des bouffons, des affranchis, l'écume du palais; et cela parce que (tort énorme) Claude n’était pas riche. Auguste ne lui laissa que huit cent mille sesterces; Tibère, à qui il demanda des honneurs , lui fit cadeau de quarante pièces d’or (775 f.) pour acheter des bagatelles à la fête des Saturnales. Quand Caligula fut monté sur le trône, Claude acheta par peur la dignité de prêtre du dieu son neveu, au prix de huit millions de sesterces (1,59l,382 f.) ; et comme il ne put payer, ses biens furent vendus à l’encan.

Poussé au trône par la fortune, et par cette Rome qui, accoutumée à faire soudain sa volonté, voulait alors avoir un chef, Claude se comporta d’abord modestement à l'égard des sénateurs. Il ne voulut point être adoré; abolit la torture des personnes libres pour crimes d’État; défendit aux druides les sacrifices humains; améliora la condition des esclaves, en déclarant libres ceux que leurs maîtres abandonnaient pour cause de maladie dans l’ile d’Esculape : comme les maîtres prenaient alors le parti de les tuer, Claude les fit poursuivre comme coupables d’homicide.

Mais ces Romains , pour qui l’homme tranquille était un fainéant , un être faible celui qui n'était pas sanguinaire, le prirent bientôt en mépris. Un accusé osa lui dire : Tout le monde sait que tu es un vieux: fou. Un autre lui lança ses tablettes et son stylet, parce qu’il écoutait contre lui des témoignages indignes de foi. Que restaitil donc à faire au pauvre homme, que de se mettre entre les mains de gens qui pussent le dispensende vouloir et de penser par. luimême? C'est ce qu’il.fit; et par faiblesse il commit autant. de crimes que Tibère par atrocité.

sigma; le premier était une f renversée équivalant au v, exemple : Terminaflt, antpliafltque, difl Augusti, etc. Uantisigma tenait lieu du ‘F grec, ou ps, et s’écrivait Q C. Quelques-uns prétendent que la troisième lettre était la diphthongue m‘, que l’on trouve dans la plupart des inscriptions du temps de Claude, comme Antoniaz‘, Difai; mais il est certain qu'elle était usitée bien avant lui. D’autres ont voulu inférer malà propos, d’un passage de Vélius Longus, que cette lettre servait seulement à adoucir le son trop rude de l‘r. On a voulu aussi que ce fût Pæ; mais Isidore (de Orig.) prouve qu’elle était en usage des le temps d’Auguste. Leç des Grecs, comme l’observe Quintilien, a un son différent du ph des Latins; ce qui lit supposer à quelques-uns que Claude avait inventé une lettre correspondante au cp. Lorsquïl n’e’tait encore que simple particulier, Claude publia un livre sur la nécessité de faire usage de ces lettres; devenu empereur, il l’ordonna par une loi. Mais à peine fut-il mort qu’elles tombèrent en désuétude , bien qu’elles figurassent encore, au temps de Tacite et de Snétone, sur les tables d’airain où l’on inserivait les décrets du sénat pour leur donner de la publicité (Suaroue, c. 4 g Tacrrn, liv. Xi, c. m).

Jouet des autres jusqu'à cinquante ans , il le fut encore après être devenu empereur; avec cette différence que les moqueries ne tombaient jadis que sur luiseul, et que maintenant on se servait de son sceau, de sa signature, pour avoir de la puissance, de l'or et des têtes. Le maître du monde avait pour maîtres Pallas, Narcisse, Félix, Polybe , Harpocrate , Posidée, danseurs , et autres misérables; de plus, Messaline, sa femme. C'était a eux que s'adressaient les particuliers, les villes, les rois, quiconque demandait audience, Claude ayant ordonné qu'on leur obéit comme à lui-même. S’il lui arrivait parfois d'agir de son propre mouvement, ils détrnisaient ce qu'il avait fait. Ils fcignaient des songes, pour lui faire condamner à mort qui ils voulaient. Ils changeaient, altéraient ou supprimaient les noms portés dans ses décrets, s'amusant à le faire agir en sens inverse de leur teneur. Un centurion vient dire a César que, d'après son ordre, il a donné la mort à un sénateur. Mais je ne l'ai pas ordonné, s'écrie-Hi. Ouïmporte? reprennent les affranchis ; les soldats ont fait leur devoir en nbttendant pas d'ordre pour venger l'empereur. César dit alors : Ce qui est fait estfair, et s'occupe d'autre chose. Un affranchi se présente , pour le prier de permettre à Asiaticus, qu’il n'avait pas condamné, de choisir son genre de mort. Il lui arrive parfois d’envoyer hâter des convives qui lui paraissent en retard , et on lui répond qu’il les a fait mettre à mort dans la matinée. Un jour qu'il allait, selon son usage, s'exercer au champ de Mars, il voit qu'on dispose un bûcher pour brûler un citoyen qu’il n'a pas condamné; et cette fois du moins il exerce son autorité en faisant écarter le tas de bois, pour que les flammes ne gâtent pas le feuillage.

Les crimes de lèse-majesté étaient toujours l'accusation ordinaire; et quiconque ne voulait pas verser de l'or dans les mains de Pallas, ou seconder les déportements de Messaline, était dénoncé comme conspirateur, et soudain mis à mort. Trente-cinq séna

teurs et plus de trois cents chevaliers périrent de cette manière. Le métier de délateur devint des plus lucratifs, et les avocats accusaient ou défendaient en proportion du prix à recevoir. Un citoyen paye à Suilius quatre cent mille sesterces (795,000 f.) pour lui faire gagner sa cause, et, se voyant trahi par lui, se rend dans la demeure de l'infâme, où il se tue. Quelques gens rigides voulaient que les avocats fussent honnêtes comme jadis; qu'ils ne profitassent pas des discordes , comme les médecins des épidémies : mais ils allèrent trouver Vempereur, et lui demandèrent de quoi vivraient désormais les sénateurs peu aisés. Il se borna en conséquence à limiter leurs honoraires à deux mille francs.

Les jugements étaient une des récréations de Claude; il ne manquait jamais de siéger, et prononçait parfois des sentences très-sensées, parfois aussi absurdes; souvent il les formulait en citant des vers dfiomère, dont il faisait ses délices. Généralement il donnait raison à ceux qui étaient présents et à celui qui parlait le dernier. Dans une affaire de faux, un des assistants s’étant écrie’ que l’accusé méritait la mort, l'empereur envoya aussitôt chercher le bourreau. Dans une autre affaire, où une femme refusait de reconnaître son fils, et où les motifs pour et contre se balançaient, fempereur obligea celle-ci à avouer sa maternité, en lui enjoignant d’épouser le jeune homme. Plus souvent il s'endormait au bruit des plaidoiries, et s’écriait en s’éveillant: Je donne gain de cause à celui qui a raison.

Là encore on riait à ses dépens. Tantôt on le rappelait Faudience levée, tantôt on la prolongeait en le retenant par son manteau. Un plaideur lui laisse demander longtemps un témoin avant de lui dire qu’il est mort. Tantôt on lui donne pour pauvre un chevalier immensément riche, tantôt on lui dénonce comme célibataire u n père de famille chargé d’une foule d’enfants, ou bien pour s’être blessé en voulant se tuer, un homme qui n’a pas même une égratignure.

Cette manie de juger, jointe à celle (le faire de l'érudition , le porta à remettre en vigueur les anciennes lois, les rites féciaux, les ordonnances sur le célibat. Pour faire preuve de science, il annonce en plein sénat le jour et l’heure d’une éclipse. Comme il a lu que les premiers Romains furent un mélange de toutes les nations, il veut que les Gaulois soientadmis dans le sénat.

Il veut aussi que la censure soit rétablie : comme s’il était possible de scruter la vie privée de six cents sénateurs , de dix mille cheva

liers au moins, et de sept millions decitoyens.Puis il prodigue les décrets au point d'en faire vingt en un jour, et cela sur les objets les plus minutieux. Il en est un pour que les tonneaux soient bien enduits de poix; un autre pour l'emploi de la molène contre la morsure de la vipère. Il lit dans le sénat un édit à l’effet de mettre un frein aux déportements des femmes qui se livrent a desesclaves; et un applaudissement unanime accueille cette mesure. Alors le naïf César de dire : Elle m’a éle’ suggérée par Pallas ; Pallas, son affranchi et son maître. C’est donc a Pallas que le sénat décrète Padmiration, les actions de grâces et quinze millions de sesterces. Mais celui-ci, refusant la somme votée, se contente de sa pauvreté; et le sénat rend un édit pour immortaliser le désintéressement d’un affranchi qui possède trois cents millions de sesterces (59,000,000 f.). Narcisse avait de son côté amassé plus de richesses que Crésus et les rois de la Perse; aussi dit-on un jour àClaude, qui se plaignait d’avoir peu d’argent : Partage seulement avec tes affranchis, et lu en auras beaucoup. .

Une autre de ses passions fut le jeu ; etil la poussait au point d’avoir des tables pour jouer en voyage sans que les pièces se dérangeassent. Il aimait aussi le sang, en bon Romain qu’il était: il lui fallait des supplices semblables à ceux qu’il avait lus dans l’histoire ; il passait des jours entiers à voir des gladiateurs aux prises , et si l’on en manquait, il obligeait le premier venu à combattre dans le cirque.

Mais si, au milieu des plaidoiries ou des représentations scéniques ou des harangues officielles, son odorat est frappé de la vapeur des viandes que font cuire les prêtres, rien ne le retient plus, il court et dévore. Il se fait servir des plats énormes dans des salles immenses, où il invite jusqu’a six cents con vives; il se gorge de nourriture, se force à vomir, et recommence à manger. Il se propose de faire un décret pour que l’observation des convenances n’ait pas à mettre la santé en péril (l).

(1) Meditalus est edictum, quo veniam durci flatum crepilumgue ventris in cœna cmiltcndi , cum periclitalum quentdam præ pudore est continenlia reperissct. SUÉTONE. Ceux qui pensent que PÉTRONE, dans le festin de Ii-imalcion, a fait allusion à Claude, peuvent produire comme preuve ce décret, dont les termes se retrouvent dans la bouche de ce richard malappris : Si quis vcstrum voluerit sua re sua causa jacere , non est guod illum pudeat. Nemo vestrum solide nalus est. Ego nullum pulo lam magnum tormcnlzmt esse guam continere. Hoc solum vetare ne Jovispotest.

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