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quelle mort? Enfin son dernier soupir est une parole de miséricorde, un pardon pour ses meurtriers.

Que peut lui comparer l'antiquité païenne? Socrate , le plus saint parmi les sagesiMais qu'est-ce que sa philosophie railleuse et timide aurait a faire avec la philosophie active et charitable du Christ? Socrate pouvait prévoir que ses attaques incessantes contre les mœurs, les doctrines, les croyances de son temps, le mettraient un jour en danger {et le taon qui s'était attaché au coursier puissant et généreux/v devait s'attendre à être écrasé d'un moment à l'autre. Il y a de la générosité dans la manière dont il va au-devant de sa condamnation ; mais à l'instant même de sa mort, en présence de ses juges, il ne professe qu'un doute sur l'immortalité de l'âme. Aussi Rousseau s'écrie: a Si la fin de Socrate est celle d'un juste, la fin du Christ est celle d'un Dieu (l), »

Le découragement s'empare des disciples de Jésus, qui jugent mondainement les choses par l'événement. Ils se cachent, et, n'ayant d'espoir de salut que dans l'oubli, ils pleurent sur le maître qu'ils ont perdu: mais bientôt il ressuscite, comme il le leur avait promis, et, remonté au trône de son Père, il leur envoie l'Esprit dis vin, qui change en docteurs intrépides les timides et ignorants pêcheurs de Galilée. Revêtus de la force d'en haut, ils obéissent à leur maître, qui avait dit : Allez et enseignez toutes les nations ,- ils sc répandent dans J érusalcm, et ils y annoncent que la loi est accomplie , que les figures ont cessé, que la nouvelle alliance a commencé; ils expliquent cette doctrine qui doit être le salut du monde.

Jésus n'a laissé aucun écrit (2); mais il a ordonné à ses disci

(i) Gibbon est le seul qui, dans sa prévention insensée et dénigrante, trouve Socrate bien supérieur à Jésus, parce qu'il neiaisse échapper aucun signe d'impatience ou d'espérance; tandis que le Christ s'écria: 0 Dieu, Dieu, pourquoi m'as-tu abandonnéej

(2) Parmi les divers écrits attribués à J. 0., celui qui pour sa simplicité serait le moins improblable , est la réponse à Abgarus, roi d'Édesse, qu'F.jusèhe (llist. ecclésiasa, I, l3) dit avoir tirée des archives de cette ville :

Exemplar Epistolœ seriptæ a rege Abgaro vel toparcha, ad Jesum, et missæ in Hierosolymam per Ananiam cursorem :

Abgarus, Uchaniæ filius, toparcha, Jesu Salvatori bono qui appartiit in locis Hicrosolymorum, salutem.

Auditam mihi est de te ct de sanitaiibus quazfaois, quod sine flwdir camenlis au! herbisfiant isla per te, cl que’! verbe lanlum ccecosfacis uidcre, ct claudos ambulare, et leprosos mundas, et immundos spirite“

pies de rendre témoignage de ce qu’ils avaient entendu et vu. Ils recueillent donc ses paroles et ses actes ; et, divinement inspirés, ils écrivent ces relations que PÉglise a acceptées comme règle de la foi. Tels sont les évangiles de Matthieu. de Marc, de Luc et de Jean, où se montre la sublimité de Dieu dans la simplicité de l’homme‘, la divinité du sentiment dans la naïveté des expressions. Les principe posés par Jésus-Christ étaient extrêmement simples , mais tels que, une fois qu’elle les a compris, [intelligence humaine ne peut plus les abdiquer {Dieu est un; tous les hommes sont égarer _: aimez-vous donc les uns les autres comme vous aime votre Père céleste, qui sera avec vous jusqu’à la consommation des siècles.

Vénérons, dans un silence pieux, les mystères de la grâce et de la rédemption , la profondeur inaccessible de la nature divine , ces notions sublimes qu’il révéla à Phomme dans l’esprit duquel elles s'é-. taient obscurcies. Si l’histoire ne peut séparer Pbumanité du Christ de sa divinité, les préceptes des dogmes, la puissance de la vérité du triomphe de la grâce‘, elle peut se borner à considérer l’effet que cette doctrine, dans sa marche lente mais sûre, devait produire sur l’ordre général de Phumanité.

Dhumanité! c’est une parole qui, inconnue jusque-là aux philosophes et aux législateurs , retentit alors pour la première fois. Les plus éclairés d'entre eux n’étendirent jamais leurs regards au delà de leur propre nation; et voilà qu’il cette heure s’établit, près d'un lac de Galilée, une société qui rapproche les rameaux séparés

ac dæmones ejicis, et ces qui longis ægritudinibus af/lictantur auras et nanas , nwrtuos quoque suscitas. Quibus omnibus auditis de te, statui in anime meo unum esse e duobus : aut quia tu sis Devis et descenderis de cœlo ut hæc facias, aut quod Filius Dei sis qui hæc facis. Propterea crqo scribens rogaverim te ut digneris vsquc ad me fatigari, et ægritzidincm meam, quajam diu laboro, curare. Nam et illud comperi quod Judæi murmurant adversum te, et volunt tibi insidiari. .Est autem civitas niilii parva quidem scd honesta, qæaæ sufflciat utrique.

Exemplum rescripti ab Jesu par Anaaîam eursorem adabgarum toparcham l

Beatus es qui credidisti me, cum ipse me non vidcris. Scriptum est enim de me, quia hi qui me vident, non credunt in m; et qui non videntmc, ipsi credcnt et vivent. De eo autem quod scrlîpsisti mihi ut veniam ad te, opertet me omnia, propter quæ nzissits sum, hue explore; et postcaqziam complevero, recipi ad cum a quo missus sum. Cum ergo fuel-o assumptus, mittam tibi aliquem ex discipulis meis ut curet ægriiudinem tuant, et vitam tibi atque his qui tccum sunt præstct.

de la grande famille humaine, réunit les pensées de toutes les générations et de tous les siècles dans un lien de foi, d’espérance, d'amour, dont le nœud est au ciel.

La doctrine de J ésus-Christ était-elle un nouveau progrès de la science antique? n'est-elle qu’un perfectionnement de la philosophie hébraïque (l)? ou senchaiuait-elle à celles de Socrate , d'Aristote et de Pluton? Toute l'histoire semble le nier. L’Inde avait conservé dans un reste des anciennes traditions la notion d'une première chute donttout le genre humain était demeuré souillé, et dont l'homme pouvait se relever , soit par ses œuvres, soit par la force de la méditation, en se détachant de la matière. Mais cette première faute avait souillé les hommes à un degré différent, et dès lors les castes restaient distinctes entre elles , par suite d’une iueffaçable diversité d'origine.

La sagesse de l’Égypte, partant aussi du dogme d'une chute, source de toutes les anciennes croyances, supposait que les hommes étaient des anges condamnés à expier un péché commis dans le ciel, passant par des degrés d’infortunes diverses, selon la gravité de la faute dont ils s’étaient souillés là-haut, et ne devant sortir jamais , vivants ou morts, de la caste à laquelle chacun d'eux appartenait. Les Pélasges distinguaient les hommes nés des dieux, doués d'amesimmortelles,des autres êtres humains qui, en étant dépourvus, pouvaient êtrc possédés par les premiers comme des choses.

Telles sont les trois sources d’où provinrent les idées qui, mélangées et embellies par les Grecs , acquirent la dignité et la forme de science, grâce aux méditations et à l'habileté de leurs grands philosophes. Mais parmi ceux-ci, parmi les législateurs, quelest celui

(1) T. SALVADOR, auteur de Moïse et ses institutions, a publié dernièrement Jésus-Christ et sa doctrine ; histoire de la naissance de l'Église, de son organisation e; de ses progrès (Paris, i838; 2 vol. iu-S“). Il y démontre que le Christ a tiré tout ce qu’il a enseigné des Hébreux, de Phiion, des esséniens;et, disculpant les pharisiens, il fait l'apologie du système judaïque, dont il prétend que le Christ a gâté la pureté en y mêlant des idées orientales. 1l n'a pas cherché du reste à expliquer commentce Galiléen , l'un des nombreux messies qui parurent alors, supplicié légalement, comme il le prouve, a pu trouver croyance dans le monde entier, à la différence des autres thaumaiurges. J usqu’à ce qu’il ait donné cette explication, nous croyons inutile de combattre les doctrines qu’il emprunte à Strauss et aux autres Allemands qui prétendent den Sohn analysircn, en même temps qu’il voudrait, moins résolu qu'eux , se tenir dans un juste milieu ineonciliable avec la raison.

qui n’admit pas la prééminence de quelques hommes surles autres? Vous aurez beau chercher , partout vous trouverez une distinction inhumaine entrela race qui commande et celle quidoit obéir. Loin qu'un seul homme d’État, en cherchantà fonder le bonheur de son peuple, ait en vue le bonheur des autres, tous ont pour maxime Malheur aux vaincus.’ tous ne voient dans le genre humain que des ennemis à abattre, des esclaves à faire; et toute iuiquité est justifiée si la république a un avantage à en tirer. Rome, qui formula ce droit cruel dans le terrible proverbe Homo Izomim‘ ignolo est lupus, parvint ainsi à tant de grandeur, qu’elle put contraindre le monde à lui obéir, et à révérer sur le trône et sur les autels Tibère et Caligula.

Parmi les écoles il n’en est pas qui s'élève jusqu’à trouver l’origine commune de l'homme; toutes acceptent les conséquences qu'elles voient en pratique dans leur société, sans soumettre à l'examen les principes d'où elles dérivent: ceux-là même qui sentent la nécessité .d’appuyer'la justice sur quelque chose de supérieur aux sociétés humaines, et qui les ait précédées, ne se doutent pas même que ces règles éternelles s’étendent sur toute l'espèce humaine. Aristote fonde sa république sur la race et sur la propriété, lesquelles embrassent femmes , enfants, esclaves , et les autres biens.Platon lui-même, négligeant le grand nombre, confie le gouvernement de sa république à une caste de guerriers. Il veut, dans sa théorie , que cette caste se recrute et se fortifie par la promiscuité; et il anéantit aussi, pour la race privilégiée, le mariage et la famille, en déclarant que tous les enfants doivent être mis en commun.

Sénèque, le premier, parla d’un droit de l'humanité, mais la révélation nouvelle pouvait avoir frappé ses oreilles; d'ailleurs, il se plaint lorsqu’il voit Claude étendre aux Gaulois et aux Bretons le droit de cité romaine; il craint de le voir un jour conféré à tous les hommes. '

Bien plus, les Hébreux eux-mêmes7 à qui leur loi ordonnait pourtant d'aimer les étrangers, y trouvaient des exceptions à leur égard, soit quand elle permettait l'usure , soit lorsqu’elle leur défendait les mariages et les alliances avec eux. Leurs prophètes avaient cependant annoncé cette fraternité universelle dans les doctrines de la vérité, lorsqu'ils disaient : « Israël mon serviteur, Ja« cob que j'ai élu, je répandrai mon esprit sur vous, et vous annons cerez la justice aux nations. Je suis le Seigneur qui vous ai pris par

T. v. 8

Égalité.

u la main, et vous ai établi pour être le récenciliateur du peuple et u la lumière des nations. Que toutes les nations s’amassent, et que a tous les peuples se rassemblent. Un jour, quand la maison de Jéhoa vah sera fondée sur le haut des montagnes, tous les peuples y aca courront en foule,et s’écrieront : Allons, montons à la maison du u Dieu de J acob; il nous enseignera ses voies, et nous marcherons dans a ses sentiers, parce que la loi sortira de Sion, et la parole de J éa rusalem; il jugera les nations et sera Parbitre des peuples : ceux. a ci forgeront de leurs épées des soos de charrue, et de leurs lances « des faux; un peuple ne tirera plus Pépée contre un autre; ils ne « sexerceront plus à se combattre; chacun se reposera sous sa vigne « et sous son figuier, sans avoir aucun ennemi à craindre. La « paix sera l’ouvrage de la justicef, et le soin de: cultiver la justice « procurera une sécurité qui durera éternellement. ( 1) u

Les conséquences de cet esprit exclusif des nations païennes étaient l'esclavage, la cruauté, et le mépris pour les femmes. Le premier est généralement reconnu non-seulement comme un fait, mais comme un droit. La religion apaise, en versant le sang humain, la divinité à laquelle on ne croit plus; la politique donne des agonies humaines en spectacle à un peuple avili. Dans les œuvres d’art, la femme n’apparaît que comme un instrument dans la main des dieux et de l'homme; elle suit toujours , et ne conduit jamais; elle n’a de liberté que celle des larmes : quand les lois s’occupent d’elle, c’est pour la mettre éternellement en tutelle, sous l’autorité de son père tant qu’elle est fille; sous celle de son époux quand elle se marie; sous celle de quelque parent quand elle est veuve (2) ; elle est exclue de la plénitude du droit, qui ne s’acquiert que par l’aptitude à porter les armes. Privée même de la piété dudeuil (3), cette charmante moitié du genre humain restera enfermée dans les gynécées, ou prostituée dans les temples, ou négligée toute sa vie. Quelques-unes seulement s’arracheront à une obscurité fatale , soit au prix de la pudeur, comme les Thais et les Aspasie; soit par des Vertus héroïques, privilège d’un bien petit nombre (4).

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