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révélait en proportion de son-courage les plaies de I’époque, l’impassibilité des riches , les misères du pauvre , la corruption de tous. Vaines déclamatîonsl et en effet, qui suggérait un remède au mal? Horace s’écrie, en poète : Allons habiter les îles Fortunées. Juvénal dit, comme eût pu le faire un jeune écolier : Retirez-vous sur le mont Sacré. Vous ne trouverez pas dans les pages de Tacite une pensée faisant allusion à la possibilité d'améliorer une civilisation dont il sait si bien peindre les désordres palpables : Sénèque et les stoiciens répondent, Tuez-vous; les hommes politiques ne savent tout au plus que regretter le temps passé et une aristocratie usée. Mais l'élément moral, d'où pouvait-on Pattendre? Non des tyrans qui régnaient, non d’un sénat avili, non des patriciens décimés, non de la religion sans crédit, non des philosophes en proie au doute, non des riches dissolus, non de la plèbe ignorante de ses droits et de ses devoirs; —— on ne pouvait plus Pespérer que du ciel

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Depuis l’instant où Néron, pour se donner le spectacle d’une ville en flammes, eut mis le feu à Rome, il n’y eut ni sacrifices aux dieux, ni ordres aux magistrats, ni profusion dfargent, ni promesses de reconstructions plus magnifiques, qui pussent détourner de lui le ressentiment du peuple, persuadé que l’empereur était l’in— cendiaire. Dans la terreur que lui inspirait ce sourd frémissement, plus redoutable pour lui que toutes les représentations du sénat, il songea à donner à la multitude une satisfaction barbare, en lui désignant comme les auteurs de l’incendie une secte nouvelle de philosophes appelés chrétiens , d’un Christ mis à mort sous Tibère; secte qui désapprouvait la dégoûtante corruption du siècle et ses ignobles bassesses, et (Îui,ne voyant pas dans les Romains une race d’une nature supérieure à celle des autres nations, ni des lors le droit en vertu duquel ils les opprimaient , se rendait odieuse à ces tyrans du monde. ‘

Ce fut sur ces hommes que se déploya la vengeance des Romains, à qui la haine apprit a connaître une religion appelée à réunir tous les peuples par l'amour. Ilsles persécutèrent avec acharnement, leur faisant endurer les supplices les plus raffinés, et, à l'imitation de leur maître dans sa conduite à l'égard des patriciens, joignant l'insulte à l’atrocité. Ceux-ci, enveloppés dans des peaux d'animaux, étaient livrés à des chiens; ceux-là à des bêtes féroces au milieu du cirque; d'autres étaient brûlés vifs , et leurs corps embrasés servaient de torches dans les jardins voluptueux de Néron (l), situés sur cette colline du Vatican où la religion alors naissante devait arborer plus

tard sa bannière triomphante.

Les temps annoncés par les prophètes, figurés par des événements et des symboles chez la nation élue de Dieu, étaient arrivés. Dans tout l'orient courait le bruit qu'un homme destiné à l'empire universel apparaîtrait dans la .1 udée (2). Les soixante-dix semaines énumérées par Daniel tant de siècles auparavant étaient accomplies; le sceptre avait été arraché à la race de J uda; et les Hébreux attendaientle Sauveur promis. ‘Ils s'imaginaient, dans leur zèle pour leur nationalité outragée, le voir arriver en conquérant, pour

(i) Il eut aussi recours , pour apaiser cette rumeur qui l'inquiétant, aux livres sibyllins. « On adressa des prières à Vulcain, a Céres et à Proserpine, et des matrones se rassembleront pour rendre Junon propice, dans le Capitole d'abord, puis sur la plage la plus voisine; on aspergea d'eau de mer le temple et l'image de la déesse : des femmes mariées y firent ensuite le lectisterne et les veillées. Mais il n'était ni œuvre humaine , ni prière divine , ni libéralité de prince, pour diminuer le cri qui Paccusait d'avoir brûlé Rome. Afin de le détourner, il poursuivit donc, et châtia des silpplices, les plus recherchés, ces malfaiteurs détestés que le vulgaire appelait chrétiens,du nom d'un Christ qui, sous le règne de Tibère, fut crucifié par le procurateur Ponce Pilate. Cette mauvaise semence, comme on disait, fut alors étouffée; mais elle reprenait vigueur non-seulement en Judée, oùjelle naquit, mais encore à Rome, où abondent à l’envi et acquièrent de la célébrité toutes les choses atroces et hideuses. On arrêta donc d'abord les chrétiens qui professaient ouvertement , puis une grande foule de gens que l'on désignait, non comme coupables de l'incendie, mais comme ennemis du genre humain. On les tuait avec dérision , revêtus de peaux d'animaux, pour que les chiens les missent en pièces vivants; on les crucifiait, on les brûlait, on les enllammait enduits de poix, comme des torches pour éclairer durant la nuit. Néron prêta ses jardins pour ce spectacle, et il y célébra la fête du cirque, habillé en cocher, monté sur le char, et comme spectateur parmi le peuple. On était pris de pitié pour ces malheureux , bien que dignes de tout supplice, parce qu’ils ne mouraient pas pour un avantage public, mais par la seule cruauté du prince. n TACITE, Annales, XV, 44.

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briser les chaînes de son peuple, et faire resplendir de nouveau sur lui la gloire de David et de Salomon.

Mais les prophètes avaient fait allusion à d'autres chaînes, à d'autres conquêtes , a une autregloire , toutes choses peu susceptibles d'être comprises par des esprits préoccupés d'idées matérielles. Une illumination d'en haut pouvait seule leur faire apercevoir la régénération ,non d'une seule nation, mais de l'humanité entière, rachetée non pas d'une servitude temporelle, mais de l'esclavage originel, qui, mettant en conflit entre elles la raison, l'intelligence, la volonté, avait exclu l'homme du séjour vers lequel doivent tendre tous ses efforts.

Lorsqu'il eut paciflé ou plutôt calmé le monde alors connu, et l'eut réuni dans un vaste ensemble , Auguste, voulant savoir quelle population obéissait à ses lois, ordonna un recensement général. Marie, jeune fille juive , de la race de David, mais dans la pauvreté, et mariée a Joseph, artisan de Nazareth, se rendit, ‘pour se faire inscrire au rôle, àBethléem, ville située dans les montagnes de la Galilée, d'où ses parents étaient issus : là elle mit au monde dans une grotte la seconde personne de la Trinité divine, J ésus-Christf, conçu par l'œuvre du Saint-Esprit (1). De simples bergers, qui, par la douce température de décembre , faisaient paître leurs troupeaux surle flanc des monts, accoururent, sur l'invitation d'un ange, pour adorer les premiers le Sauveur du monde. En même temps une étoile Pannonçait à des mages de la Perse, ou plutôt de I’Arabie, qui, les premiers aussi parmi les Gentils, vinrent de l'orient lui rendre hommage. Hérode, à qui ils avaient demandé le lieu où était né le nouveau roi de J uda, conçut de l'ombrage; et, afin d'extermiuer celui dont on lui avait parlé , il ordonna de tuer tous les enfants amiessous de deux ans. Jésus , sur l'avertissement d'un ange, fut emmené en Égypte; puis, lorsque Archélaüs fut monté sur le trône, il revint

(1) L'an 747 de Rome, 40 de Père julienne, 39 du règne d’Auguste, 25 depuis la bataille d'Actium, 35 depuis qu’Hérode avait été déclaré roi de la Judée, la deuxième année de la cxclne Olympiade, et 11708 de la période julienne; sous les consuls C. Antistius Véter et Decimus Lælius Balbus, 5 ans 9 mois et 7 jours avant Père chrétienne : mais les opinions varient à cet égard. Le dernier qui ait traité la question est Munter, dcr Stcrn der Wcisen. Il croit que l'étoile apparue aux mages était une constellation formée par la rencontre de Jupiter et de Saturne dans le signe des Poissons; combinaison reproduite en i609 et en i821. Cc qui mettrait la naissance de J. C. six ans avant l'aire vulgaire.

en Galilée, et vécut à Nazareth dans une obscurité laborieuse. Il se rendait parfois au temple, où se tenaient les assemblées (endgah) hebdomadaires ou mensuelles, dans lesquelles, d’ordinaire, les personnes du peuple discutaient, et les sages (nabünz) prêchaient sur la doctrine. Dès Page de douze ans , chacun avait le droit d’ex— poser ses opinions ou ses doutes : il était cependant quelques livres, comme les premiers chapitres de la Genèse ou d’Ézéchiel, dont l’examen n'était permis qu’il un âge {plus mûr; et à trente ans seulement Phomme était considéré comme parvenu à la plénitude de sa force et de son intelligence.

A cet âge le Christ commence sa mission en se présentant à

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r Jourdain, baptisait dans l’eau, en annonçant celui qui baptiserait 8M

dans l'esprit. Il disait avoir été envoyé pour lui préparer la voie par une doctrine toute morale, qui, unissant à la pureté des esseniens la ferveur des Pharisiens, épurait et élevait les âmes. Le Christ, après avoir été baptisé par lui, se retire dans le désert afin de servir d’exemple aux hommes à venir, pour qu’ils aient à s’affermir, par la solitude et la méditation, contre les difficultés de leur tâche. Puis il commence à prêcher, et entraîne à sa suite quelques pêcheurs et d’autres hommes d’une humble condition, destinés plus tard à répandre la parole. Il dit : a Bienheureux‘ les pauvres d’esprit; « bienheureux ceux qui sont doux; bienheureux ceux qui pleurent; c bienheureux ceux qui souffrent les persécutions, qui ont faim et « soif de justice, parce qu’ils en seront rassasiés; bienheureux les «t miséricordieux , car ils obtiendront miséricorde; bienheureux a « ceux dont le cœur est pur, car ils verront Dieu ; bienheureux ceux u qui aiment la paix, parce qu’ils seront appelés les fils de Dieu (2). n Prenez exemple sur moi qui suis humble ct doux, et vos âmes a trouveront le repos. Celui qui se courrouce contre son frère méa rite d‘ètre condamné. S'il vous souvient, en présentant votre of« fraude à l’autel, que votre frère est irritéfcontre vous, suspendez « votre offrande, et allez d'abord vous réconcilier avec lui. Je veux « de la miséricorde, et non des sacrifices. Ne jurez pas, mais que « votre parole soit oui et non. « On vous a dit jusquïci œil pour œil, dent pour dent .- je vous

(l) (resta-dire , maison du passage, et non Béthanie, comme le porte la vulgate. (2) SAINT Msmnsu , V.

« dis, si quelqu’un vous frappe sur une joue, delui présenter l’auo' « tre. J usqu’à présent on vous a ordonné de ne pas renvoyer votre « épouse , sans lui avoir déclaré par écrit que vous la répudiiez. Je « vous dis que celui qui abandonne sa femme hors le cas dînfidéa lité, ou épouse celle qui a été répudiée, se rend coupable d'adul« tère. On vous a enjoint jusqu’à présent d’aimer votre frère et de « haïr votre ennemi : je vous enjoins de pardonner non pas sept fois, « mais soixante-dix sept fois. Aimez votre ennemi; faites du bien « à qui vous hait; priez pour qui vous persécute, en imitant Dieu, « qui fait se lever le soleil sur les bons et sur les méchants.

a N'attendez pas, pour rendre justice, que d’autres vous voient. a Que votre main gauche, au contraire, ignore ce que fait la main « droite. '

« Retirez-vous, pour prier, dans votre demeure ; et n’employez pas a beaucoupde paroles comme les Gentils, qui croient êtrezaiusi exauu ces. Demandez, avant toute chose, le royaume de Dieu; le reste a vous viendra en surplus. Celui-là n'entrera pas dans le ciel, qui « dit Seigneur, Seigneur; mais celui qui fait la volonté de mon « Père.

u Vous serez jugés vous-mêmes comme vous jugez les autres. « Que sert de voir une paille dans l’œil de son voisin, quand on « n'aperçoit pas une poutre dans le sien? Faites aux hommes ce « que vous voulez qu’ils vous fassent; car c’est là la loi et les a prophètes (l). Que celui qui a deux tuniques en offre une a u celui qui n’en a pas (2). Celui qui, pour Tamoul‘ de moi, aura « donné une goutte d’eau à un malheureux, est certain de ne pas a perdre sa récompense (3). Faites le bien et prêtez sans aucune u espérance‘, et vous en obtiendrez un grand profit (4). Le sabbat a est fait pour l'homme, non l’homme pour le sabbat. Ifhomme a n’est pas souillé par la nourriture qu’il prend, mais par les choses a qui procèdent de lui (5).

a Je vous donne un précepte nouveau, c’est que vous vous aimiez n les uns les autres comme je vous ai aimés. On vous connaîtra pour

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