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Les Mémoires de Weber n'ont encore paru qu'en pays étranger. Ils furent publiés à Londres dans le cours de 1806 et 1807; on tâcha vainement alors d'en introduire plusieurs exemplaires en France; la nature de l'ouvrage avait éveillé l'attention : tous furent saisis , à l'exception d'un seul, et c'est sur cet exemplaire unique, échappé à toutes les recherches, que nous donnons la réimpression qu'on va lire.

Le sentiment qui a dicté ces Mémoires est respectable. Weber, frère de lait de l'archiduchesse Marie - Antoinette , et comblé des bienfaits de la reine de France, a voulu soulager sa douleur et satisfaire sa reconnaissance en lui rendant ce témoignage historique. Les hommes, de quelque opinion qu'ils puissent être, ne sauraient refuser leur : estime à ces gages de fidélité donnés au malheur, à ces sentimens d'attachement pour une grandeur qui n'est plus. De si nobles exemples sont trop rares pour n'être pas honorés.

Weber ne s'est point fié à ses seuls souvenirs pour écrire des Mémoires sur Marie-Antoinette : on s'aperçoit aisément qu'ils sont de plusieurs mains. Quelques morceaux se distinguent par la modération des principes, l'élévation des idées, et la noblesse des formes du style : dans le tableau , par exemple, de la lutte engagée avec tant de chaleur, et soutenue avec tant d'opiniâtreté par les parlemens contre l'autorité souveraine , peut-être serait-il facile de reconnaître l'écrivain dont l'éloquence et la piété filiale obtinrent , à cette époque , contre un arrêt inique , le triomphe le plus solennel ?

Le concours de plusieurs coopérateurs, fort éloignés d'avoir un mérite égal, explique le défaut d'ensemble et d'uniformité qu'on remarque dans la première édition de ces Mémoires. Sans cette circonstance, on aurait eu peine à comprendre comment le même ouvrage offrait, dans quelques parties, un intérêt très-vif, et paraissait, dans plusieurs autres, d'une prolixité rebutante ; comment, à côté d'une foule de faits ignorés, de particularités touchantes, de pièces rares, authentiques et qui sont d'un grand prix pour l'histoire, on trouvait souvent des détails oiseux et puérils, et dans bien des endroits une diffusion qui proroquait la langueur et l'ennui.

La lecture de ces Mémoires, tels qu'ils ont été donnés d'abord, n'eut pas paru supportable. Tels qu'ils sont aujourd'hui, nous osons dire qu'on ne pourra les lire sans curiosité, sans plaisir, ou sans attendrissement. Il a suffi d'y faire des retranchemens nombreux; mais on n'a dù se permettre aucune addition. Le caractère, les idées, les opinions politiques de l'auteur devaient s'y retrouver encore avec toute leur franchise et toute leur énergie; on verra facilement que nous avons, à cet égard, poussé la réserve jusqu'au scrupule. Nous devons même remarquer ici que Weber, souvent trop dur et trop absolu dans ses jugemens contre les Français, doit trouver une excuse dans sa douleur et dans sa qualité d'étranger. On a besoin de se rappeler alors que la France n'est pas sa patrie.

Nous avons joint au texte un nombre de notes assez considérable : elles éclaircissent des faits, elles achèvent le portrait de quelques personnages; elles peignent les parlemens , la cour, les usages, les moeurs, l'esprit du temps, sous des rapports que l'auteur n'a point vus ou qu'il n'a point voulu voir. Ces notes n'ont

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point été accueillies sans examen : presque toutes sont empruntées à des écrivains contemporains; un grand nombre représentent sous des traits aimables ou touchans, Marie – Antoinette, le charme répandu autour de sa personne, ses grâces, sa beauté, sa bienfaisance, l'empire qu'elle exerçait dans sa jeunesse , et qui était celui d'une femme aimable et jolie autant que d'une souveraine.

Sęs malheurs ont suivi de bien près les jours de sa prospérité; jamais peut-être une seule vie n'a mieux fait voir les extrémités de la bonne et de la mauvaise fortune. Femme, amie, épouse, mère et reine , elle épuisa la coupe des biens et de l'adversité; le coeur se sent profondément ému au souvenir de ces royales douleurs, qui paraîtraient dignes d'intérêt dans la plus simple mortelle. Peut-être un jour l'histoire, toujours rigoureuse, lui demandera-t-elle compte d'une légèreté pardonnable à son sexe, à son âge ; mais ceux qui ont vécu de son temps , ne verront que sa fin funeste. Eh! qui pourrait lui adresser un reproche entre son échafaud et sa tombe !

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