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l'Hôtel-de-Ville pour montrer au peuple la famille royale , dont on avait soin de rendre les traits plus reconnaissables en plaçant deux flambeaux sur chaque croisée.

Leurs Majestés saluèrent plusieurs fois le peuple qui y répondit par mille applaudissemens. Leur présence calma la foule et inspira une satisfaction si générale que tous sur la place se tendaient les mains ou s'embrassaient avec enthousiasme.

La famille remonta ensuite en voiture au milieu des acclamations et se rendit , avec une partie de la garde nationaleau château des Tuileries. Monsieur et Madame allèrent au Luxembourg.

Le nouveau cortége étant sans cavaliers, le peuple , malgré mon costume de l'état-major de Versailles, ne voulait pas me permettre de rester à cheval auprès de la voiture. Cependant, grâces aux efforts que je fis, et à l'assistance de deux de mes amis (1), je pus arriver au château des Tuileries sans m'être éloigné de Leurs Majestés.

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(1) Le chevalier Barrau d'Angoulême et le chevalier de Mondollot, l'un brigadier, l'autre maréchal-des-logis des gardes-du· corps. Ces deux braves officiers suivirent à pied et sans armes leurs malheureux maîtres jusqu'à l'Hôtel-de-Ville et de là aux Tuileries.

Le lendemain , au sortir de la messe, avec la famille royale , j'en vis un très-grand nombre faire haie au passage des appartemens. La plupart étaient saus chapeaux, les habits déchirés, et si pâles qu'ils arrachaient des larmes à Leurs Majestés et à toute la suite.

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Je quittai la famille royale à dix heures du soir, et me retirai accablé de tristesse et de fatigue. Le lendemain je me présentai chez la reine. Cette auguste princesse m'appela avec sa bonté ordinaire pour me dire : « Weber, vous avez beaucoup souf» fert hier. Je suis très-contente de vous. Le roi » a dit que vous vous conduisiez à merveille. Vous » habiterez Paris, à présent. » Je répondis que « je » priais Sa Majesté de me permettre de la suivre » toujours, de partager ses dangers et d'être bien » persuadée que je voudrais avoir à ma disposition » une armée pénétrée de mes sentimens , pour la » défendre ou pour lui faire quitter et à toute son » auguste famille une nation si égarée. »

La cour , dans la première semaine de son séjour à Paris , reçut la visite des principaux habitans de cette capitale. L'étiquette resta la même qu'à Versailles. Le roi y ajouta seulement un di ner public tous les jeudis, pour satisfaire l'empressement et la curiosité de ses sujets.

A la fin de ce mois, accablé sous le poids des douloureuses impressions que m'avait laissées tout ce qui s'était passé sous mes yeux, entendant tous les jours des menaces plus terribles contre la cour, des propos plus déchirans contre la reine, et voyant combien cette auguste princesse souffrait du passé, du présent et de l'avenir, je tombai dans un état de langueur , je perdis le sommeil et les forces, je devins tout-à-fait malade ; et je n'aurais pas été sitôt rétabli des suites d'une fièvre que je gardai quelques mois, sans les soins de M. Vicq-d'Azyr (1), qui sut, par son art et sa conversation pleine de charme et de philosophie, me donner à la fois de la consolation et de la force. ·

(1) Premier médecin de la reine, et membre de l'Académie française.

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ET PIÈCES OFFICIELLES.

Note (A), page64.

trois cours. Troisns un état

PENDANT la guerre des États-Unis, sir Asgyll , jeune officier des gardes anglaises, fait prisonnier par les Américains, avait été condamné à la mort, en représailles de celle du capitaine Huddy, pendu par les ordres du capitaine Lippincott. La triste catastrophe qui menaça la vie de ce jeune officier excita pendant huit mois l'intérêt de l'Europe. La douleur de sa mère, le désespoir d'une sæur tombée dans un état voisin de la folie, avaient attendri tous les cours. Trois fois Asgyll fut conduit au pied de la potence , et trois fois le général Washington , à qui ce crime politique coûtait à commettre, suspendit le supplice. Son humanité et sa justice lui faisaient espérer que le général anglais lui livrerait enfin l'auteur du forfait qu'Asgyll était condamné à expier. Le général Clinton, ou mal obéi , ou peu sensible au sort du jeune Asgyll, se refusa toujours à livrer le barbare Lippincott.

En vain le roi d'Angleterre , au pied duquel s'était traînée la famille infortunée, avait ordonné de remettre aux Américains l'auteur d'un crime qui déshonorait la nation anglaise : Georges III n'était pas obéi. En vain les états de Hollande avaient demandé aux États-Unis de l'Amérique la grâce du malheureux Asgyll : la potence, plantée devant sa prison , ne cessait d'offrir à ses regards un appareil encore plus cruel que la mort. Sa malheureuse mère conçut l'espoir de devoir au roi de France ce qu'elle ne pouvait obtenir du roi d'Angleterre. Elle écrivit à M. de Vergennes une lettre touchante dans sa simplicité. Cette lettre fut mise sous les yeux de Louis XVI; la cause de la mère d'Asgyll fut plaidée par la reine , et la puissante intervention du roi auprès. du congrès sauva la vie du prisonnier.

ÉCLAIRCISSEMENS HIST. ET PIÈCES OFFIC.

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Note (B), page 74.

LE témoignage de Weber, qui avait tant de motifs d'aimer Marie-Antoinette, pourrait paraître suspect aux lecteurs. Pour leur donner une idée de la beauté de la reine et des jugemens divers dont elle était l'objet, nous rassemblerons ici plusieurs portraits de cette princesse, en commençant par celui qu'a tracé sir William Wraxall.

« Dans l’été de 1776, dit-il (1), lorsque je quittai la France, Marie-Antoinette venait d'atteindre au plus haut degré de sa beauté et de sa popularité. Ses charmes personnels que Burke a exagérés, consistaient plus dans son air de dignité, la noblesse de sa taille et les grâces de son maintien , qui tous annonçaient une reine , que dans ses traits qui manquaient de douceur et de régularité. Elle avait les yeux faibles ou plutôt échauffés ; mais son teint qui était éblouissant, sa jeunesse, la richesse de sa parure dans laquelle elle montrait beaucoup de goût, frappaient tous ceux qui la voyaient. »

Voici maintenant le portrait que fait de la reine M. Senac de Meilhan, connu par plusieurs ouvrages estimables (2). « MarieAntoinette d'Autriche avait plus d'éclat que de beauté. Chacun de ses traits, pris séparément, n'avait rien de remarquable, mais leur ensemble avait le plus grand agrément. Ce mot si prodigué de charmes était, pour peindre les grâces de cet ensemble, le mot propre. Aucune femme ne portait mieux sa tête , qui était attachée de manière à ce que chacun de ses mouvemens eût de la grâce et de la noblesse. Sa démarche, noble et légère, rappelait cette expression de Virgile : Incessu patuit dea. Ce qu'on remarquait dans sa personne était l'union de la grâce et de la dignité la plus imposante. Son esprit n'avait rien de brillant, et elle n'annonçait, à cet égard, aucune prétention. Mais il y avait dans elle quelque chose qui tenait de l'inspiration, et qui lui faisait trouver au moment ce qui convenait le plus aux circonstances, ainsi que

(1) Mémoires historiques de mon temps, T. I, pag. 115. (2) Portraits et caractères, etc.; in-8°, pag. 74.

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