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rentin, prononcer ensuite un discours sage et me, suré sur la circonstance qui rassemblait les représentans de la nation. Enfin, je fus condamné à prêter l'oreille pendant deux heures à un yerbiage insignifiant du ministre des finances, qui, débité d'un ton

égale , qui faisait distinguer jusqu'aux moindres objets, en donnant aux yeux le moins de fatigue possible. Dans les bas-côtés on avait disposé pour les spectateurs des gradins , et à une certaine hauteur des travées ornées de balustrades. L'extrémité de la salle , destinée à former l'estrade pour le roi et pour la cour, était sur montée d'un magnifique dais , dont les retroussis étaient attachés aux colonnes. Cette enceinte, élevée de quelques pieds en formę de demi-cercle , était tapissée tout entière de velours violet seme de fleurs de lis d'or. Au fond , sous un superbe baldaquin , garni de longues franges d'or, était placé le trône. Au côté gauche du trône, un grand fauteuil pour la reine et des tabourets pour les princesses"; au côté droit, des plians pour les princes; au pied du trône, à gauche, une chaise à bras pour le garde-des-sceaux ; å droite , un pliant pour le grand-chambellan; au bas de l’estrade, était adossé un banc pour les secrétaires d'Etat, et devant eux une grande table couverte d'un tapis de velours violet; å droite et à gauche de cette table , il y avait des banquettes recouvertes de velours violet , semé de fleurs de lis d'or : celles de la droite étaient destinées aux quinze conseillers d'État et aux vingt maîtres des requêtes invités à la séance; celles de la gauche, aux gouverneurs et lieutenans-généraux des provinces. Dans la longueur de la salle , à droite , étaient d'autres banquettes pour les députés du clergé ; à gauche , pour ceux de la noblesse, et dans le fond, en face du trône , pour ceux des communes. Tous les planchers de la salle étaient couverts des plus beaux tapis de la Savonnerie.';

»C'est dans cette salle qu'entre neuf et dix heures, M. le marquis de Brezé et deux maîtres des cérémonies commencèrent à placer les députations suivant l'ordre de leurs bailliages : chacun des • membres fut conduit à sa place par un des officiers des cérémonies ; cet arrangemeut employa plus de deux heures. En attendant, les

sec, avec l'accent d'un pédagogue, et n'offrant aucun trait qui atteignit la sensibilité d'un royaliste loyal, ou qui offrit des espérances au républicain caché, ne satisfit personne.

Cette journée fut une des plus pénibles de ma vie. Je ne sais quel sentiment intérieur m'avertissait des orages qui allaient éclore. L'inquiétude dont je savais que Marie-Antoinette était dévorée, avait passé dans mon sein. Je savais qu'on se disposait à entamer les matières les plus ardues de la politique et de la législation. J'entendais parler en tous lieux de contrat social, de droits de l'homme, de constitution, de liberté, d'égalité, de souveraineté du peuple. Je ne voulus connaitre de droits que ceux que mes souverains adoptifs avaient sur ma fidélité, et dès ce moment je me fis un devoir de ne plus les quitter un seul instant, et de leur consacrer mon épée, mon sang et ma vie.

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V

conseillers d'État, les gouverneurs , les lieutenans - généraux des provinces , les ministres et secrétaires d'Etat vinrent prendre aussi leurs places au milieu de l'enceinte du parquet. Lorsque M. Necker parut, il fut vivement applaudi; M. le duc d'Orléans le fut deux fois, et lorsqu'on le vit arriver avec les députés de Crépi en Valois, et lorsqu'il insista pour faire passer devant lui le curé de la députation. On applaudit aussi d'une manière très-distinguée les députés du Dauphiné. Quelques mains se disposaient à rendre le même hommage à la députation de Provence; mais elles furent arrêtées par un murmure désapprobateur , dont l'application personnelle ne put échapper à la sagacité de M. le comte de Mirabeau.» Corresp. de Grimm, mai 1789, tome V, p. 124.

(Nofe des nouv. édit.)

La famille royale de France pendant la révolution. — Première

époque. — Assemblée nationale dite constituante. — Ouverture des états-généraux. — Débats sur la vérification des pouvoirs. - Mort de monseigneur le dauphin. — Séance royale. — Prise de la Bastille, le 14 juillet 1789. — Débats sur la déclaration des droits de l'homme et sur le véto , le 5 octobre 1789. — La famille royale conduite à Paris. — Dangers que court la reine : sa fermeté.

Dans les chapitres précédens j'ai peint Marie-Antoinette entourée de tout l'éclat de l'un des plus beaux trônes de l'univers, fixant l'admiration générale, faisant le bonheur de son époux et la félicité de tous ceux qui l'approchaient ; j'ai développé ce que j'ai cru être les causes éloignées et immédiates des troubles qui éclatèrent en France dès 1788. J'ai essayé de représenter les mouvemens qui précédèrent la convocation des états-généraux, de tracer les vices de la composition de cette assemblée et les auspices funestes sous lesquels elle se réunit le 5 mai. J'ai préparé mes lecteurs aux scènes déplorables dont il me reste à leur offrir le tableau. Ils vont maintenant voir la chute progressive d'un trône antique et d'une maison puissante engloutie dans la plus affreuse des catastrophes. Je n'ai plus à retracer que des outrages journaliers faits à Sa Majesté, qu'une suite non interrompue de conspirations contre tout ce que la France avait jusque-là chéri et vénéré. Le vent des factions a soufflé ; il va dessécher toutes les sources de la loyauté et du bonheur. L'athéisme a engendré la rébellion, et la rébellion va produire le meurtre , le régicide , l’incendie, la dévastation. Des sujets dénaturés vont se souiller du sang du plus juste des rois, du meilleur des pères. La plus auguste souveraine de l'Europe subira les humiliations, les affronts , le supplice des plus vils criminels. La bonté, la majesté, la grandeur , l'innocence , la piété , la jeunesse, la beauté , tout sera précipité dans le même abîme. Cependant de grands trails de fermelé, de fidélité, de dévouement, brilleront de temps en temps au milieu de ces catastrophes terribles, comme ces lueurs passagères qui se font apercevoir quelquefois au milieu des plus violentes tempêtes. Je les recueillerai avec soin pour reposer l'imagination épouvantée des horreurs que je vais avoir à décrire : sans cette consolation, je ne me serais peut-être jamais livré à la tâche que j'ai entreprise ; je n'aurais peutêtre pas eu le courage de retracer tous les maux que Marie-Antoinette a eu la force de supporter....

Louis XVI venait d'ouyrir les états-généraux par un discours où respiraient sa bonté et son amour pour ses sujets. C'est par ses discours publics et par ses réponses improvisées et ses lettres confidentielles que l'on peut juger l'ame bienfaisanle , l'esprit droit et éclairé de cet infortuné monarque.

Ses premières paroles aux notables réunis avaient élé : « Mon coeur attend avec impatience le mo» ment où, entouré des représentans de mes fidèles

1. sujets, je pourrai concerter avec eux les moyens » de réparer les maux de l'Élat, et, en maintenant » l'autorité que j'ai reçue de mes ancêtres, assurer » pour jamais le bonheur de mes peuples, qui en est » inseparable et qui sera toujours mon unique but.»

Dès que les représentans de ses sujets furent assemblés , il leur dit entre autres : « Une inquié» tude générale, un désir exagéré d'innovation se » sont emparés des esprits et finiraient par égarer » totalement les opinions , si l'on ne se hâtait de » la fixer par une réunion d'avis sages et modérés... » Tout ce qu'on peut attendre du plus tendre in» térêt au bonheur public, tout ce qu'on peut de » mander à un souverain , le premier ami de ses » peuples, vous pouvez , vous devez l'attendre de » mes sentimens. »

Quelques jours après on l'entendit répondre à une députation des états-généraux : « En vous ap. » pelant auprès de moi pour m'aider de vos con», seils , je vous ai choisis capables de me dire la » vérité, comme ma volonté était de l'entendre. »

Les députés du tiers-élat sentaient la force que leur donnait leur nombre égal à celui des deux autres ordres, ainsi que celui des partisans qu'ils avaient dans ces mêmes ordres ; aussi oublièrentils promptement qu'ils étaient les sujets du roi, et même qu'ils n'étaient les délégués que d'une portion de la nation, c'est-à-dire de vingt-deux millions contre trois millions environ. Dès la première séance, un grand nombre d'entre eux ayant

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