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tation commença ce jour-là (1). Adoptées par les cia quante délibérans, elles furent présentées à l'approbation de tous les membres présens , qui les signèrent avec transport. Les trois ordres arrêtèrent à l'unanimité « de ne jamais séparer les intérêts de » la province de ceux de tout le royaume ; de de» mander les états-généraux pour la France, en » même temps que des états particuliers pour le » Dauphiné; de réclamer, dans les uns comme » dans les autres, cette double représenialion du

(1) Jean-Joseph Mounier, né à Grenoble le 12 novembre 1758 , avait déjà de la réputation , dans cette province , comme publiciste et comme magistrat, i l'époque des troubles dont parle ici Weber. Tout à la fois orateur et secrétaire de l'assemblée de Vizille, il y donna l'exemple de la fermeté et de la modération. Il professait dès lors des principes auxquels il resta fidèle dans tout le cours de sa carrière. Il voulait un pouvoir limité par les lois , une liberté ennemie de l'anarchie. Nous le retrouverons plus tard dans l’Assemblée nationale , déployant tour à tour les ressources de son esprit , ou la loyauté de son caractère, et s'éloignant aussitôt qu'il vit la cause de la liberté souillée par des excès.

Deux circonstances de sa jeunesse avaient singulièrement influé sur sa conduite et sur ses opinions : à huit ans on avait confié son éducation aux soins d'un ecclésiastique qui l'accabla de rigueurs injustes , et plus tard il fut repoussé des rangs de l'armée , par le préjugé qui n'accordait qu'à la noblesse les emplois militaiies. Blessé des priviléges accordés aux deux premiers ordres de l'Etat, il se promit dès lors, disent ses biographes, de ne jamais les favoriser dans leurs orgueilleuses prérogatives, ou dans leurs pieuses usurpations. Au sein de l'Assembléc constituante, ou dans les états du Dauphiné, sur la terre d'exil ou dans le Conseil d'État de Napoléon, jamais il ne sacrifia , par ambition , ses principes à sa fortune. Noble exemple, plus admiré que suivi !

( Note des nouv. édit.)

on troisième ordre déjà établie dans toutes les as» 'semblées provinciales ; enfin de solliciter du roi » l'abolition des lettres-de-cachet, le renvoi des » ministres actuels, et le rappel provisoire des par» lemens jusqu'à la tenue des états-généraux. » Parmi quelques autres résolutions, sinon d'une moindre importance, au moins d'un intérêt plus circonscrit , l'assemblée arrêta qu'à partir de ce moment, l'impôt substitué à la corvée serait supporté également par les trois ordres; et elle s'ajourna pour le 5 septembre dans la ville de Saint-Robert près Grenoble.

Cet ajournement, cette sollicitude continue et générale qu'annonçait le Dauphine pour la destinée de la France, ce caractère de protectrice que déployait une province à l'égard de toutes les autres, et que celles-ci aimaient à reconnaître, ranimèrent les inquietudes du gouvernement. On chercha s'il n'y avait donc pas moyen de réprimer ces excès de zèle. Le maréchal de Vaux rencontra tout-à-coup une difficulté à laquelle personne n'avait pensé. Dans la règle , les patentes d'un commandant devaient être enregistrées au parlement de la province. Celui de Grenoble était exilé, et le lieu de ses séances fermé, lors de l'arrivée du maréchal de Vaux. On lui contesta son pouvoir. La cour envoya bien vite au-devant du duc de Tonnerre qu'elle avait rappelé. On le trouva qui revenait doucement, et qui s'était arrêté à moitié chemin. On lui donna l'ordre de retourner sur ses pas. L'autorité

CHAPITRE III.

Suite de la convocation des états-généraux.- Chute de M. l'arche: vêque de Sens. - Rappel de M, Necker. - Seconde assemblée des notables. - Ouverture des états-généraux. — Situation de Marie-Antoinette à cette époque et pendant les cinq années qui la précédèrent.

Ce fut au milieu de cette fermentation générale des esprits; ce fut après des coups d'autorité qui n'avaient servi qu'à montrer la violerice suivie de la faiblesse ; lorsque les plus grands corps de l'État élaient demeurés vainqueurs des assauts qui leur avaient été livrés par le ministère, et lorsqu'ils étaient encore dans l'ivresse du succès; ce fut, disje, dans de pareilles conjonctures que l'archevêque de Sens promit solennellement la convocation des états-généraux. Un homme de la cour lui demanda s'il n'était pas effrayé à l'idée de tenir ces États ? Sully les a bien tenus , lui répondit ce prélat. Se dire ainsi , après un an de ministère où il avait échoué à chaque pas , l'égal du plus grand ministre peut-être qu'aient eu les rois de France ! confondre ainsi l'assemblée des notables de 1596, avec une assemblée d'états-généraux en 1789 ! un tel excès de présomption est à peine croyable.

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Mais l'archevêque Loménie n'était pas même destiné à tenir ces états qu'il venait de convoquer

avec tant de solennité. Dans les temps les plus tranquilles, l'annonce d'un changement politique dont l'issue est incertaine , porte toujours atteinte au crédit. Après une année d'embarras dans l'administration, au milieu d'une lutte dans laquelle l'autorité avait essuyé tant de défaites, la convocation des états-généraux devenait inquiétante pour la fortune de ceux mêmes qui l'avaient provoquée , sous le prétexte d'établir sur des bases fixes les droits du roi, ceux des grands et ceux de la nation, c'est-àdire, avec le désir d'en voir sortir ce qu'ils disaient manquer à la France, une constitution écrite. La circulation du numéraire s'arrêta tout d'un coup. Il devint impossible de renouveler les anticipations que le Trésor royal faisait chaque année sur les revenus des années suivantes; il fallait acquitter les anticipations qu'on avait faites l'année précédente sur l'année courante, et dont l'excès avait outre-passé toutes les bornes de la prudence. Il fallait pourvoir nonseulement aux services ordinaires , mais encore à des achats dispendieux de subsistances, pour parer à la disette qui se faisait déjà sentir; car, si je puis me permettre ici cette expression, la France n'était pas moins menacée de la faim qu'elle n'était tourmentée de la soif de l'indépendance et des nouveautés. Le premier ministre vit à une trèscourte distance le jour où le Trésor royal allait se trouver entièrement à sec.

Il imagina d'acquitter en billets portant intérêts une partie de tous les paiemens pendant le reste

de l'année, et jusqu'au dernier jour de l'année suivante dans laquelle devaient se tenir les'états-généraux. L'arrêt du Conseil qui annonçait cette nouvelle mesure de finances, fut publié dans Paris le 16 août. J'entendis les hommes chargés de crier et de colporter dans les rues les actes de l'administration, annonçant celui-ci d'un ton de voix: étouffé, et osant à peine prononcer jusqu'au bout l'intitulé qu'avait imaginé pour cet édit un homme de beaucoup d'esprit. M. de Loménie avait consulté M. de Rivarol sur le titre mitigé qu'il était nécessaire de placer en tête de cet arrêt, afin de ne pas effaroucher le public. Ce littérateur ingénieux lui conseilla de l'appeler : Arrêt du conseil d'État concernant les paiemens ; et cette tournure énigmatique valut à l'auteur une place dans les bureaux du premier ministre, et l'assurance d'une pension. Je n'oublierai jamais la sensation que j'éprouvai en entendant crier cet arrêt à Paris et à Versailles. Aujourd'hui que je repasse dans mon esprit avec un peu plus de calme tant de scènes d'atrocités, la voix sourde de ces crieurs publics que je crois encore entendre, ce prélude. de tant de grandes catastrophes, me retrace ces bruits souterrains, et ces mugissemens d'animaux, qui sont, dans le nouveau continent, l'annonce infaillible d'une conyulsion de la nature. ..

Une alarme universelle se manifesta alors de manière à faire craindre une insurrection dans Paris. Le premier ministre épouvanté implora la protec

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